La Smart City, un concept qui ne bénéficie pas qu’aux métropoles

Dans l’hexagone, la Smart City suscite un intérêt croissant au sein des territoires, et en particulier des villes moyennes. En effet, tandis que 23 des 25 Smart Cities françaises les plus abouties possèdent moins de 250 000 habitants, le syndicat Syntec numérique sur la transition numérique des territoires (2018) estime que près de 92% des collectivités de plus de 5 000 habitants se sont lancées dans au moins un projet Smart City.

Nouveaux acteurs des territoires intelligents, les villes moyennes ont une population comprise entre 20 000 et 100 000 habitants. À l’échelle nationale, elles représentent au total 30 millions d’habitants, soit près d’un français sur deux.

Un modèle plus frugal, plus original, mais moins transversal.

À l’interface entre les territoires ruraux et les grandes métropoles, les villes moyennes constituent une composante essentielle des territoires. En proie à une compétition avec les grands pôles urbains et disposant de ressources financières, politiques et humaines limitées, les villes moyennes peuvent difficilement se positionner à la pointe de l’innovation urbaine. Cependant, cette frugalité peut se présenter comme une opportunité de proposer une intelligence plus « humaine » et centrée sur l’habitant. Destinée à proposer un dialogue nouveau entre les acteurs du territoire, la Smart City peut ainsi accentuer la proximité entre les acteurs pour mobiliser les forces vives du territoire. Ce renforcement de la proximité peut s’illustrer par la création d’applications participatives, de la mise en place de budgets participatifs, de la création de living labs ou encore du crowdsourcing comme nouvelles formes de démocratie.

Dès lors, l’instauration d’un nouveau dialogue peut déboucher sur des actions relatives diverses et variées pouvant être liées :

  • Au développement économique ;
  • À la qualité de vie ;
  • À l’optimisation des réseaux ;
  • À la cohésion sociale ;
  • À l’environnement ;
  • À l’attractivité du territoire…

Se distinguant des grandes villes par une meilleure maîtrise de la donnée ainsi que d’une gouvernance plus claire, les villes moyennes souffrent en contrepartie d’une limitation dans l’envergure de leurs programmes.

La ville moyenne intelligente, quelques exemples

  • La démarche Smart d’Agen (35 000 habitants) se concentre sur l’Open Data afin d’informer les usagers et de réutiliser gratuitement ces données par des associations, citoyens ou entreprises pour produire de nouveaux services. Le second pan développé est celui de la solidarité numérique à travers l’insertion des populations et la mixité sociale. Une plateforme d’échanges numériques permette une plus large diffusion des offres et demandes de services.
  • De son côté, Arras (42 000 habitants) propose une gestion publique intelligente. Portée sur une amélioration de la qualité de vie et une vision plus humaine de la ville, le programme propose notamment une application où les citoyens peuvent partager leurs réclamations, idées ou remarques. En plus de proposer un accompagnement des commerçants dans la transition numérique, la place Foch a été rendue « connectée » par la dotation d’un wifi public et d’un système de stationnement intelligent.
  • À Cahors (21 000 habitants), la démarche Smart est tournée autour de la proximité avec les administrés et l’attractivité du territoire. Dans ce sens la ville a déployé la carte Grand Pass permettant un accès dématérialisé aux services locaux ainsi que les applications Tell My City et Evidence respectivement tournées sur le signalement et la mobilité. Réputée pour son bâti ancien, la ville est chef de file du projet européen ENERPAT SUDOE destiné à expérimenter l’éco-rénovation du bâti-ancien.
  • Tarbes (43 000 habitants) mise sur l’éducation en accompagnant l’équipement des écoles élémentaires. L’enjeu est de sensibiliser les élèves aux outils numériques et de permettre aux enseignants d’apporter une nouvelle dimension au contenu pédagogique. Les équipements (fibre optique, tablette, tableau numérique) visent à développer l’autonomie et la créativité des élèves tout en garantissant un usage responsable de ces outils.
  • À Niort (59 000 habitants), le réseau Niort Numéric a pour objectif d’entretenir une dynamique créatrice d’emplois en faisant connaître les formations et les métiers du numérique tout en valorisant les entreprises du territoire et en constituant un outil d’information. La ville s’axe également sur l’e-administration ainsi que sur la citoyenneté active avec une boîte à idées numérique et des concertations et enquêtes en ligne.

Ces études de cas non-exhaustives permettent ainsi d’identifier la multitude de démarches smart. Déclinées selon d’innombrables contextes en répondant à tout autant de problématiques et de perspectives, les Smart Cities des villes moyennes illustrent pleinement le modèle français de villes intelligentes. Essentiellement axée autour du citoyen, le modèle se veut construit pour et par les forces vives du territoire.

Dès lors, les contraintes spatiales et sectorielles induites par des ressources politiques et économiques limitées se présentent comme une opportunité de développer une ville unique, sobre, inclusive et attractive. En somme intelligente.

Lancé en 2018, le plan national « Action Cœur de Ville » vise à améliorer les conditions de vie des habitants des villes moyennes et à conforter leur rôle de moteur de développement du territoire. Traduit par une redynamisation des centres-villes, le plan regroupe 222 villes pour une durée de 5 ans. Dès lors, les démarches smart se présentent comme l’un des moteurs phares de ce changement en étant capable de répondre aux enjeux du territoire tout en le dotant d’une image innovante et dynamique.

Avis du pôle Smart City

Les villes moyennes constituent un berceau majeur de démarches smart. Par leur frugalité imposée, les villes tendent à redoubler d’originalité afin de proposer une nouvelle vision de la ville de demain. Centrée autour du citoyen, ces espaces présentent une certaine avancée réflective en misant sur leurs atouts locaux comme outil de démarcation. Dans ce sens, transformer les caractéristiques du territoire en opportunités constitue une réelle intelligence des territoires.