Peut-on définir un modèle de Smart City « à la française » ?

Une approche commune

L’étude de nombreux exemples de Smart Cities au sein du pays révèle que le modèle Français présente une spécificité. En effet, il s’oriente sur une vision humaine où le numérique doit avant tout répondre à l’intérêt général. Dans ce sens, l’apport du numérique et des nouvelles technologies n’est pas considéré comme une fin en soi mais comme un outil propice à la participation et à la co-construction.

Bien que les démarches intelligentes soient généralement amorcées par une volonté de modernisation (e-administration et modernisation des infrastructures) ainsi qu’une volonté de collaboration public/privé plus étroite, le modèle se développe avant tout sur une vision sociale illustrée par :

  • Une gouvernance horizontale et en proximité : le numérique favorise la mobilisation de l’ensemble des acteurs locaux afin de susciter l’adhésion des citoyens par une réflexion collective.
  • Une alliance des territoires : pour qu’une ville soit intelligente, elle doit faire face aux disparités territoriales en s’intégrant avec les zones alentours, qu’elles soient rurales ou périurbaines.

Des stratégies propres

Selon le syndicat Syntec numérique sur la transition numérique des territoires (2018), près de 92% des collectivités de plus de 5 000 habitants de l’Hexagone se sont lancées dans au moins un projet Smart City. Dès lors, chacune adopte des stratégies diverses et variées dans leur démarche intelligente en s’adaptant à leur territoire et perspectives locales. En France, une trentaine de collectivités ont établi une véritable stratégie de ville intelligente, en s’efforçant de déployer des technologies digitales dans plusieurs domaines urbains et conjuguant avec la participation citoyenne et l’expérimentation, en voici quelques exemples :

  • À Nantes, ville pionnière dans l’Open Data, le projet est porté par des valeurs d’égalité et de solidarité. Cette approche collaborative et expérimentale s’illustre par le Quartier de la création (2011) qui, doté d’un pôle universitaire et d’un hôtel d’entreprises est destiné à faire la ville pour tous. En parallèle, le déploiement du numérique est assuré par un travail d’éducation et de médiation. La ville propose également de nouveaux services aux citoyens, tandis que la plateforme « nantesco.fr » permet un nouveau dialogue avec la collectivité, « Nantes dans ma poche » (photo ci-contre) est axée sur les services du quotidien.

 

  • À Paris, l’intelligence collective est sollicitée au service du changement climatique. Couplées à des lieux d’innovations et d’expérimentations, des plateformes de partage d’idées, de débat et de suivi des projets en temps réel ainsi que la mise en place d’un budget participatif (500 millions d’€ sur 4 ans) participent à construire un nouveau dialogue centré autour des questions environnementales et des futurs projets avec l’ensemble des acteurs du territoire.

 

  • À Strasbourg, le numérique tend à développer divers secteurs urbains. Présidée par l’intelligence collective, la stratégie digitale de l’Eurométropole recoupe notamment avec des aspects économiques avec la dotation de zones d’activités à très haut débit ou l’investissement du Shadock, sociétaux avec un service wifi public (StrasWifi), ou encore relatif à la mobilité avec un des services rendant l’accès aux transports plus simple et optimisé (StrasMap, StrasPlus).

 

  • Lyon se démarque en construisant un quartier intelligent, le projet Confluence (photo ci-contre). Tandis que la Métropole axe sa politique sur son rayonnement par l’innovation et l’attractivité économique, elle n’oublie pas pour autant une dimension citoyenne. Dans ce sens, le lieu d’expérimentation TUBA se veut collaboratif en plaçant les habitants au cœur des projets et réflexions, le tout avec de nouveaux partenariats et méthodes d’échanges. De façon globale, l’appropriation par les populations de leur vie de quartier est l’un des objectifs principaux de la politique Smart avec, en parallèle, des expérimentations relatives à la protection des données et à la constitution d’un nouveau business model.

 

  • De son côté, Dijon propose une gestion centralisée de l’espace public. Le projet se démarque avec un poste de pilotage unique permettant une surveillance et une gestion à distance dans des domaines variés (mobilité, sécurité, énergie, éclairage public…). La communication autour du projet ne se concentre pas uniquement autour des performances techniques du dispositif (65% d’économie d’énergie d’ici 2030), mais affiche pour ambition de mieux répondre aux besoins des habitants et de leur garantir un service public proche.

Une multitude d'approches partageant les mêmes limites et controverses

  • Acceptation de la population : réticences face à la technologie (débats face à la 5G), crainte de la protection de la vie privée, de l’utilisation des données ou encore du renforcement de la fracture numérique ;
  • Flou économique : pas (encore) de business model en France avec des projets encore à l’heure des démonstrateurs ; question de la sécurisation des financements ;
  • Flou juridique : incertitude règlementaire sur certaines services (utilisation urbaine des drones, du véhicule autonome…) ;
  • Flou politique : difficulté d’exécution liée au conflit de périmètres entre les différentes couches du maillage territorial et sectoriel.

Cependant, le concept de la Smart City se veut avant tout innovant, et ce quel que soit son contexte ou son rapport à la technologie. La loi pour une République numérique (2016) prône l’ouverture des données pour les villes de plus de 3 500 habitants, le tout dans une vision du numérique ouverte, fiable et protectrice des droits des citoyens. Une récente publication de l’établissement public de l’Anses a révélé l’inexistence de nouveaux risques sanitaires liés à la 5G. Enfin, l’expérimentation de nouveaux business models permettent d’assurer un financement plus sûr et viable, avec notamment l’émergence de nouveaux labels (French Tech).

Avis du pôle Smart City

Les Smart Cities françaises véhiculent un certain niveau d’intelligence en reléguant le numérique comme un levier de participation et d’implication citoyenne. Cette nouvelle génération de villes intelligentes participe à remettre en cause le terme même de « Smart City », créé et émergé sous une vision moderniste du début du siècle où la donnée se devait de gérer à elle seule les villes et se recentre désormais sur des valeurs démocratiques et adaptées à leur territoire.

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